Algérie - Manif du 12 février : jour J

Mikael fait suite à son papier d'hier sur la préparation de la manifestation du 12 février, et raconte le détail de la journée

 

Finalement il n'est pas facile de savoir qui a vraiment gagné cette première manche.


Alger l'embouteillée était très fluide et désert aujourd'hui. La plupart des magasins fermés, la majorité de la population chez elle. Alger la blanche était bleu.

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Je suis arrivé vers 10h15 sur la place du 1er mai sans encombre et j'y suis reparti vers 15h00 sentant la fin.
Avant de parler de la capitale, voilà ce que j'ai appris des autres villes :
Le ministre de l'intérieur annonce une quinzaine d'arrestation sur l'ensemble du pays, on est loin du compte de la réalité.
Pour rappel, la marche était autorisée dans tous le pays sauf à Alger et à Oran (malgré les déclarations du ministère de l'intérieur).

 

  • A Oran, il y a eu environ 70 arrestations (seconde ville du pays à l'ouest).
  • A Annaba, il y a eu une trentaine d'arrestation (seconde ville du pays à l'est).
  • A Boumerdès, une centaine d'étudiant ont été bloquée par la police et empêche de manifester.
  • A Constantine, la manifestation a été dispersé par la police au bout d'une heure.
  • En kabylie, black out complet des informations.

Sur Alger, on n'a pas vu l'armée ou la gendarmerie uniquement la police, environ 30 000. L'entrée de la ville est bloquée. Elle était très bien organisée et équipée. J'ai constaté beaucoup de blindé dont des anti-barricades (de type chasse-neige) ou équipé de canon à eau dans toute la ville et pas seulement autour de la place du 1er mai. Les flics étaient armés de fusil, de bâtons et de fusils lacrymogènes.


La répression a commencé très tôt vers 09h00. Des députés du RCD et des militants de ce parti ont été arrêté soit environs une cinquantaine.
Peu avant 10h00, une nouvelle vague d'arrestation d'une trentaine de personnes dont à nouveau un député du RCD et deux journalistes (un algérien et l'autre étranger). Le président d'honneur de la LADDH (90 ans) et le président du RCD est alors bastonné par la police.
A partir de 10h00, la répressions se calme, la manifestation grossit de 200 à 500 personnes. Vers 13h00, on peut compter environs deux milles personnes, les organisateurs dont le RCD quittent la manifestation mais la jeunesse continue à arriver. Vers 15h00, avant la dispersion, il peut être estimé environ trois milles personnes. Le CNCD annonce cinq milles.


Vers 11h00, un célèbre chanteur kabyle aurait été agressé par une vingtaine de contre manifestants. Il s'agit d'Amazigh Kateb. Mais je n'ai pas plus d'information.
Après 15h30, soit après la dispersion plutôt violente, la police poursuit ces arrestations mais je n'ai pas le nombre.
Vers 17h00, les arrêtés sont toujours dans les commissariats notamment le central à proximité de la place du 1er mai et l'hôpital Mustapha.


La marche n'as pas eu lieu. La police a bloqué toutes les tentatives en groupe de sortie de la place mais laisser entrer et circuler librement individuellement. Cela s'est transformé en un rassemblement sur la place.
La répression a été particulièrement féroce au niveaux des femmes surtout au niveau de de l'association des disparus qui sont interdites de manifestation. Par contre la population a réussi à empêcher certaines arrestations de femmes.
Ce qui est frappant c'est la division, il n'y avait pas un rassemblement mais différents groupes.
Toutes les classes d'ages étaient représentait même si c'était les jeunes qui étaient le plus virulents.


Une vingtaine de pro-boutef, essentiellement des jeunes ont tenté des multiples provocations envers les manifestations, cela a failli finir en bagarre généralisé plusieurs fois. La police laissait faire. Vers 13h00, ce petit groupe s'est fondu dans la masse ou s'est auto-dispersé.


Un autre petit groupe très mobile était les femmes de l'association des disparus réclamant essentiellement la transparence et la démocratie.
Les deux groupes principaux était d'une part des antigouvernementaux, plutôt arabisé et avec très peu de femmes et d'autre part les kabyles avec une présence notable de femmes.
Les antigouvernementaux avait des slogans antipremier ministre et antipouvoir mais demandaient l'intervention de Boutef.


Les kabyles avait des slogans plus radicaux et antiBoutef.
A un moment donné, j'ai cru que cela allait dégénérer, le premier groupe insultant le second avec des propos très nationalistes et demandait aux kabyles de retourner dans leur montagne. La police s'est alors interposée et on avait vraiment deux rassemblements distincts à ce moment là.


Voici quelques slogans attrapés au vol, ne parlant pas arabe je ne pouvais pas les comprendre tous :


Algérie Populaire Démocratique et Libre !
Marche Pacifique !
Pourvoir Assassin, Ouyahia dehors ! (ou dégage ! c'est le premier ministre)
Pourvoir Assassin, Boutef dégage !
Arrêtez les massacres ! (décliné en banderole également)

 

Je n'ai entendu aucun slogan islamiste. Les barbus étaient peu présents et très calmes.


Quant au n° 2 du FIS, Ali Belhadj, il était effectivement présent dans la manifestation au coté du groupe antigouvernementaux. Cela pue la manipulation de Boutef. Il faut savoir qu'il a été arrêté hier pour avoir parlé lors de la prière du vendredi (il est assigné à résidence surveillée et interdit de prendre la parole lors de la prière) et on le retrouve au milieu des manifestations et bien filmé par les caméras. Conclusion, Boutef veut le soutien des occidentaux en agitant la menace salafiste. Cependant la population algérienne me semble pas dupe de la manœuvre. Comme je le disais hier, les peuples d'Algérie ne veulent plus revenir à la période noire et les salafistes sont globalement détestés par tous le monde.


Algeie-flics.jpg En conclusion, je confirme ce que je disais hier, l'Algérie n'est pas la Tunisie ou l'Égypte. Les peuples en ont marre de ce gouvernement corrompu mais la peur de revenir à la guerre civile les pousse à rester chez eux (globalement peu de monde à Alger ou dans les autres villes). Le Pouvoir sait jouer des divisions, des tensions internes et des peurs à la perfection. Il réprime très violemment au démarrage, laisse pisser quelques heures et siffle tout de suite la fin de la récréation. Une partie de la population soutient encore Boutef. Ce dernier "redistribue" un peu le robinet de la manne pétrolière et gazière notamment en promettant d'accélérer  le programme de construction des logements sociaux (A savoir, en Algérie si on a moins de 2,5 fois le smic (le smic est à 15000 dinars (soit environ 150 €), une augmentation est prévue prochainement de 3000), l'État donne quasiment gratuitement un logement de type F2 ouPage sans titre F3 (pour environ 700€) mais il y a en moyenne 5 ans d'attente).


Pour une grande partie de l'ouest dont Alger, le Pouvoir a réussi a faire croire que la CNCD était sous la coupe du RCD, le risque de dérapage nationaliste est grand.


Il est difficile de prévoir la suite. Le CNCD se réunit demain pour envisager les suites à donner. Pour rappel, les prochaines élections présidentielles sont dans deux ans.

MikaelAlternative libertaire 12 février 2011