2 communiqués pour le service public

Publié le par AL 95

 On relaye :

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I. Communiqué de l'Appel des appels.

 L’appel des appels, suite à une proposition soutenue à l'unanimité par les participants à la journée de réflexion du 27 octobre, et adoptée lors de l'assemblée générale du 28 octobre 2012 à Paris, demande la suppression des agences nationales et régionales d’évaluation et de notation qui, dans les domaines de l’enseignement, de la recherche, de la santé, compromettent et pervertissent nos métiers.

 L’appel des appels, initié par Roland Gori et Stefan Chedri le 22 décembre 2008, soutenu par deux cents premiers signataires et personnes morales, et dont la pétition a recueilli à ce jour   86 692 signatures, est un collectif de professionnels et de citoyens de tous horizons, constitué dans le but de remettre l’humain au cœur de la société et résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social.

 L’appel des appels vise à déconstruire les modèles imposés de soumission sociale et professionnelle dans tous les secteurs dédiés au bien public, domaines du soin, du travail social, de la recherche, de l’éducation, de la justice, de la culture, de l’information… Aujourd’hui calibrés selon des normes gestionnaires et technocratiques, ces métiers perdent leur sens et se trouvent pervertis. A la suite du cycle de réflexion engagé cette année 2012 sur le thème  « que deviennent nos métiers ? Comment et à qui en rendre compte ? », nous demandons, à l’unanimité, la suppression de ces agences de notation et d’évaluation qui ne font rien d’autre qu’aggraver les dérives néfastes que nous constatons dans nos métiers.

L’Appel des appels, Paris 27 octobre 2012 - http://www.appeldesappels.org

 II . Appel des 39

 

Afin de redonner aux patients les soins de qualité, respectueux de la personne,

auxquels ils ont droit,

Afin de permettre à l’entourage (parents, amis) de tenir sa place sans être contraint de se substituer aux équipes soignantes défaillantes,

Afin de permettre aux soignants de retrouver la richesse clinique humaine et créatrice de leurs métiers.

 Afin de soutenir la place de la folie dans la culture,

 

Le changement est indispensable en psychiatrie !

 

Depuis deux décennies une certaine conception de la psychiatrie, tout comme toutes les  pratiques sociales où la relation humaine est centrale,  sont attaquées. 

Cette conception de la psychiatrie a été fondée sur la prise en compte pour chaque personne de son histoire et de sa psychodynamique propre. Elle s’est nourrie de nombreux apports : ceux de la psychanalyse, de la psychothérapie institutionnelle, du désaliénisme (lutte contre les effets de l’asile, processus de ségrégation et d’exclusion), des psychotropes, des thérapies familiales et systémiques, des aides psycho-sociales, de la création et des activités culturelles comme soutien thérapeutique et facteur d’insertion dans la vie de la cité.

La psychiatrie de secteur est porteuse de la richesse de cette diversité.

Cette attaque s’est développée d’abord à partir d’une idéologie issue des neurosciences en expansion, en instrumentalisant certaines perspectives génétiques ou techniques, ainsi que la médicalisation des émotions et des souffrances sociales. 

La diversité et la pluralité des approches se trouvent mises à mal au travers de cette tentative destructive. Nous n’acceptons pas de voir réduire le champ de la psychiatrie au traitement d’un symptôme qu’il faudrait à tout prix éradiquer et ne plus prendre soin d’une personne malade, dans sa globalité, abolissant toute dimension relationnelle. 

La psychiatrie a été aussi attaquée au travers d’une multiplication de directives et de contraintes (ordonnances Juppé de 1996, accréditation, démarche qualité, Loi Hôpital 2007, Loi HPST, regroupement de services et secteurs en pôles, protocoles opposables,…)  qui disent vouloir améliorer la qualité des soins dans un discours où « la qualité », « le patient au centre des soins », ne sont que des formules de communicants.

Ces contraintes ont pour effet d’empêcher toute créativité, assèchent la réflexion clinique et les innovations alternatives, empêchent de soigner et d’être correctement soigné.

Cette évolution pousse la Haute Autorité de Santé à produire des recommandations qui sont érigées comme des vérités, et mettent en danger la pluralité des modes d’approche de la souffrance psychique dans une tentative de dire la Norme et de rendre les pratiques homogènes. Or la Haute Autorité de Santé s’est soumise à la pression de plusieurs lobbys pour produire des recommandations aberrantes, voire scientifiquement illégitimes, aux antipodes des pratiques diversifiées, des effets bénéfiques de thérapeutiques anciennes, reconnues et partagées dans toute la profession. Elle a perdu là toute indépendance, une indépendance dont elle a été parée à l’origine mais qui s’est révélée être une mystification : ses recommandations médico-économiques au nom de la qualité des soins ne sont devenues que des instruments de normalisation, de « restructuration » des hôpitaux et d’annihilation de toute pensée originale et créatrice dans l’organisation des soins.

Sous la pression de l’économie néolibérale en vogue, les tenants de cette psychiatrie, considèrent qu’il faudrait choisir entre les plus malades (notamment les personnes souffrant de psychose) et les plus nombreux (dépressifs, « TOC », « Hyperactifs, »). Le choix simpliste se trouve être celui qui correspond le mieux aux intérêts des laboratoires pharmaceutiques… Aussi de nombreux malades, les plus en difficulté, se retrouvent en rupture de soins, isolés, dans la rue, voire en prison essentiellement pour des délits mineurs, « jetés hors du monde ».

Dans le domaine de l’enfance et l’adolescence, un affrontement violent contre les professionnels du soin a été initié, là où la complexité des souffrances nécessite pluralité des pratiques et des recherches, mais aussi développement de lieux d’accueil et de soins, moyens réels pour l’insertion et l’intégration scolaire. Les institutions du médico-social ne sont pas en reste : le soutien soignant disparaît sous le règne de la gestion. 

A cette situation,  le gouvernement précédent, a instauré un dispositif de soins visant à transformer la psychiatrie en un dispositif de contrôle social et de normalisation des populations. Ainsi la loi du 5 juillet 2011 instaure une garde à vue psychiatrique de 72 heures, un fichier des antécédents médico-légaux et l’internement à domicile. Surtout cette politique sécuritaire est venue amplifier les dérives délétères, comme les enfermements, les isolements et les contentions toutes pratiques qui avaient disparu pourtant.

Nous voulons rappeler que ces directives et ces lois ont été combattues par l’ensemble des partis qui constituent la majorité gouvernementale actuelle… Alors, 

LES ENGAGEMENTS DOIVENT ÊTRE TENUS: 

  • La suppression (et non l’adaptation !) des dispositions liberticides de la loi du 5 juillet 2011
  • Redonner à la psychiatrie comme mission essentielle de soigner des personnes en souffrance et non d’éradiquer des symptômes, ni de normaliser des populations.
  • La mise en chantier d’une ambitieuse Loi cadre prévoyant notamment une formation spécifique à tous les métiers de la psychiatrie, des moyens humains suffisants en qualification et en nombre, une réforme de l’évaluation en fonction de critères issus de la clinique et non de  l’entreprise…

Le changement est indispensable, Pour une éthique de l’hospitalité

Pour vos signatures : collectifpsychiatrie@yahoo.fr

Publié dans Santé - social

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